PHYSICAL MEANINGS
Célia Gondol
October 13 – November 24, 2018

Performance – O Universo Nu
November 10, from 5pm (duration : 20min)

 

Suivant les mouvements de l’âme comme ceux des planètes, les œuvres de Célia Gondol tirent de sa pratique de la danse une sensibilité profondément chorégraphique. Dans la trame des partitions qu’elle leur transmet, l’artiste aime voir se révéler la singularité d’interprètes sollicités pour accomplir des tâches aussi méditatives que la réalisation collective d’un mandala de graines. Actions minutieuses, séquences répétitives, attention absorbée : les gestes que l’artiste délègue bercent d’humbles routines humaines, dans lesquelles pulse pourtant la marche des astres.

Les deux vidéos présentées en sous-sol forment un diptyque asymétrique intitulé Agreement in compassion. La même action y est réalisée dans deux lieux distincts. À Bangkok et à Rio, deux femmes recouvrent de feuilles d’or des plantes de leur pays. Offrande habituellement destinée aux idoles sacrées, la pellicule métallique vient ici protéger d’éphémères feuillages, dont l’existence – néanmoins cosmique – dépend directement des rayons du soleil. Les doreuses ont chacune leur gestuelle propre, exprimant une identité, un environnement, une culture. Rédigé par l’artiste, le chant qui accompagne l’œuvre est un poème cosmogonique célébrant la liaison et la déliaison de l’Univers, dont la matière tournoie en d’infinies spirales – nous y compris, infimes danseurs embarqués malgré nous.

Ce vertige de l’esprit humain tentant de se figurer les énigmes du cosmos traverse un nouveau cycle d’œuvres qui gravitent autour d’un autre chant. À la demande de l’artiste, un chansonnier brésilien spécialisé dans l’art populaire du repente, le « vers spontané », improvise un poème allégorique sur de questions d’astrophysique. Hérité d’une tradition orale où la structure du chant favorise sa mémorisation, ce genre d’improvisation repose sur une métrique très réglée et sur un répertoire de mélodies préexistantes. Après avoir filmé cette première interprétation (O Lunático), Célia Gondol en a décliné diverses versions. Dans la performance O Universo nu, trois choristes submergent la trame de l’aède sous des nappes de vocalises inspirées d’enregistrements sonores de la Nasa, faisant basculer la mélopée vers la glossolalie. Ces vibrations abstraites seront à leur tour notées dans un code binaire perforé sur un disque d’inox, inspiré aussi bien des partitions circulaires pour orgues de barbarie que du disque d’or envoyé dans l’espace par la sonde Voyager, en 1977.

Les feuilles de palmier entrelacées qui ouvrent l’exposition « Physical meanings » cristallisent avec simplicité la démarche de Célia Gondol faite de croisements, de tissages et d’embrassements. Dans cet entremêlement végétal résident les affinités qui unissent les techniques humaines – des plus artisanales aux plus sophistiquées – aux structures stellaires.

Hélène Meisel